1 an et demi après le nouveau CBA : quelles conséquences pour la WNBA ?

Nous sommes le 17 janvier 2020. LeBron James n’a alors pas encore gagné son 4e titre avec les Lakers et Sue Bird n’en est encore qu’à 3 bagues dans la besace. Le covid n’est qu’un lointain murmure en provenance d’une obscure région chinoise.

Non, en ce dimanche nuageux de janvier, l’actualité est toute autre. En négociation depuis plusieurs mois, la WNBA, en la personne de sa nouvelle Commissionner Cathy Englebert et l’association des joueuses, représentée par sa présidente Nneka Ogwumike, sont arrivées à un accord sur une nouvelle convention (ou CBA – Collective Bargaining Agreement) et le contenu en est historique. Pour rappel, nous en avions abordé les grandes lignes au moment de sa sortie. Les principales améliorations pour les joueuses peuvent être reprises sous les 5 points principaux suivants :

  • Des salaires revus à la hausse
  • De meilleures conditions de voyage
  • Une meilleure prise en compte de la situation et des besoins des mères de famille
  • Des opportunités accrues pendant la off-season
  • La mise à disposition de ressources professionnelles pour préserver la santé physique et mentale des joueuses.

Ce nouveau CBA a désormais plus d’un an et demi d’existence et il nous a semblé intéressant de nous pencher sur les conséquences observées sur les joueuses et sur la ligue après cette première période. Nous nous intéresserons ici principalement au premier point mentionné plus haut : les salaires, le plus visible, la face émergée de l’iceberg.

Bien que les 4 autres points représentent probablement des améliorations tout aussi sensibles pour les joueuses, il nous est plus difficile d’en apprécier la portée vu de l’extérieur. Bien que récemment, nous ayons vu que la question des transports étaient loin d’être une affaire réglée.

Des salaires revus à la hausse… mais de combien exactement ?

Car c’est bien beau de dire que les salaires sont revus à la hausse mais soyons concret. De combien ? Et pour qui ?

De façon générale, les salaires en WNBA sont négociés librement entre les équipes et les joueuses mais avec plusieurs balises principales suivant la situation : Un salaire minimum et un salaire maximum à titre individuel, et un plafond salarial global que les équipes ne peuvent pas dépasser en additionnant les salaires de chacune des joueuses du roster. Il existe ensuite des subtilités (plusieurs minimums et maximums en fonctions de l’ancienneté, certains contrats particuliers, etc) mais nous nous en tiendrons là par facilité.

Comme les salaires ne sont pas barêmisés, ce sont bien évidemment ces minimum et maximum qui ont été modifiés pour induire cette augmentation salariale. Le salaire maximum est ainsi passé de 117.500 $ en 2019 à 215.000 $ la saison en 2020. Il est actuellement de 221.450 $ en 2021. Le salaire maximum a ainsi pratiquement doublé en 2 ans (+88% pour être précis).

Le salaire minimum, quant à lui, à subi une augmentation plus modeste puisqu’il est passé de 42.728 $ en 2019 à 57.000 $ en 2020 et 58.710 $ en 2021. L’augmentation est ainsi de +37%. Plus raisonnable mais toujours significative.

Enfin, dernière balise, le salary cap. Pour donner plus de place à ces nouveaux salaires, c’est en fait tout le plafond salarial qui aura été revu. Alors qu’il était de 996.100 $ en 2019, il a été augmenté à 1.300.000 $ en 2020 et désormais indexé à hauteur de 1.339.000 $ pour cette saison 2021, soit une augmentation de +34% en deux ans.

Et ça profite à qui ?

A l’annonce de ces modifications salariales, l’enthousiasme a été de mise avec en tête de gondole cette idée que les salaires avaient été doublés. Si vous avez les maths dans le sang et que vous additionnez deux et deux, vous vous rendrez vite compte que la réalité est plus compliquée et nuancée que ça. Et si les maths vous donnent des boutons de fièvre, pas de panique, on vous explique tout ça brièvement.

En “doublant” le salaire maximum, la ligue n’a en fait pas doublé effectivement les salaires des joueuses. Elle a permis qu’ils puissent être doublés, si possible. La nuance est importante. Dans la réalité, le véritable juge de paix de la fiche salariale d’une équipe, c’est le salary cap, qui détermine la flexibilité dont disposent les équipes. Et ce cap, nous l’avons vu, n’a augmenté que de 34%, soit moins que l’augmentation du salaire minimum. Ce qui signifie concrètement que, même si les équipes souhaitaient doubler les salaires des joueuses, elles ne le pourraient pas.

Schématiquement, classons les joueuses WNBA en 4 grandes catégories :

  • Les superstars
  • Les sub-stars
  • Les role-players importantes
  • Les fins de rotation

Le cas des superstars et des fins de rotation est finalement le plus simple à régler car ces joueuses n’ont la plupart du temps pas de grande marge de négociation. Les superstars souhaitent le max et l’obtiennent et ont donc vu leur salaire pratiquement doubler. C’est ainsi le cas de DeWanna Bonner, Liz Cambage, Natasha Howard, Diana Taurasi, Skylar Diggins, Brittney Griner, Sue Bird et Elena Delle Donne, qui sont toutes désormais au super max.

Les fins de rotation, quant à elles, se voient offrir un salaire minimum et sont souvent déjà bien contente d’obtenir cette chance pour vouloir négocier plus loin. Leur cas est donc simple, leur salaire a subi une augmentation de 37%. Les rookies, dont les salaires sont précisés par leur place à la draft sont dans un cas relativement similaire.

Et les autres me direz vous ?

Pas la peine de vous faire dessin. Si vous n’agrandissez la place salariale que d’un petit tier mais qu’une partie des salaires que vous y mettez sont pratiquement doublés, il est facile de comprendre que la place restante risque de diminuer.

Pour les joueuses que j’appelle les “sub-stars”, c’est-à-dire de très bonnes joueuses, titulaires indiscutables, mais un cran en dessous des étoiles de la ligue, leur statut a ainsi évolué avec cette nouvelle échelle de salaire. Et de nouveau, vous allez le comprendre, la raison en est purement mathématique.

Prenons l’exemple des Washington Mystics, équipe championne en 2019. Lors de cette saison, l’effectif des Mystics compte alors 5 joueuses au max ou presque : Emma Meesseman, Kristi Toliver, Natasha Cloud, Elena Delle Donne et LaToya Sanders. A elles 5, ces joueuses totalisaient 577.500 $ soit 58% du cap.

En 2021, 58% du cap space représenteraient 776.620 $, soit 3,5 contrats max et non pas 5. Autrement dit, les nouveaux plafonds ne permettent pas à autant de joueuses de toucher ce fameux max. Et c’est là que les joueuses que j’appelle les “sub-stars” en pâtissent et se sont vues ainsi rétrograder d’une place. Leurs salaires ont bel et bien augmentés bien sûr mais pas autant que leur précédent statut le laissait penser.

Pour exemple, Jasmine Thomas a ainsi vu son salaire passer de 115.000 $ en 2019 (max) à 185.000 $ en 2021 (+60%). Jessica Breland touchait, quant à elle, également 115.000 $ en 2019 pour 145.000 $ en 2021 (+26%). Des augmentations toujours appréciables mais en deçà des premiers effets d’annonce.

Les roles players quant à elles sont celles pour qui la situation est la plus difficile à évaluer car leur statut est souvent amené à évoluer rapidement (vers le bas ou vers le haut) en fonction des circonstances. De plus, certains contrats signés sous le précédent CBA sont encore en cours et ne permettent donc pas encore de tirer de conclusions fermes et définitives. A première vue, il semble toutefois qu’il s’agisse de la catégorie qui bénéficie de la plus faible augmentation, ou à tout le moins, la même que les joueuses au minimum.

Mais ces joueuses se heurtent de plus à un autre obstacle dont nous allons parler dans la section suivante : le nombre de places limitées au sein des rosters.

Et les conséquences sur la ligue de façon plus globale ?

On l’aura compris, le fait que le salary cap n’ait pas été augmenté à même hauteur que le salaire maximum rend la tâche des Front Office de WNBA plus difficile, moins flexible. Là où il n’était pas difficile pour une équipe d’avoir l’entièreté de son 5 majeur au contrat max, il lui faut désormais réserver ce privilège à un duo/trio de stars. En fin de contrat, nombreuses sont les joueuses à vouloir désormais vouloir légitimement goûter à ce nouveau gâteau. Cela a eu pour première conséquence de voir les mouvements de joueuses se multiplier par rapport à l’habitude. Les deux dernières intersaisons auront été particulièrement mouvementées et passionnantes d’un point de vue des observateurs extérieurs. Mais si cela a sans doute profité à la ligue en terme de médiatisation, d’interaction sur les réseaux sociaux et d’excitation parmi les fans, cela n’aura également pas été sans quelques crève-cœur, comme de voir partir Seimone Augustus chez les ennemis des Sparks par exemple, ou également le départ non sans bruit de Courtney Williams du Sun ou, plus récemment, de Candace Parker à Chicago.

Pour pouvoir, un temps soit peu, contenter les aspirations des joueuses, nous avons vu également plusieurs équipes, ces deux dernières saisons, devoir limiter leur roster à 11 joueuses. Une solution qui ne se présentait pour ainsi dire jamais dans le passé mais à laquelle près de la moitié des équipes ont du avoir recours dans la Wubble en 2020. Cette réduction du nombre de places, ce sont bien évidemment les role-players et joueuses de fin de rotation qui en font les frais. La saga récente avec Lexie Brown, qui n’arrivait pas, malgré des qualités évidentes à trouver une équipe en est un exemple flagrant. En effet, une rookie, même si moins performante, présentera toujours plus d’attrait, ne fusse que par un éventuel potentiel encore à découvrir. De même qu’une joueuse dont le contrat ne serait pas garanti présentera là des avantages en terme de flexibilité pour la franchise. On voit ainsi les franchises jongler de plus en plus avec des contrats de remplacement en cas de blessures, contrats de 7 jours, etc…

Les places sont chères, c’est le cas de le dire, et la compétitivité parmi ces joueuses “moyennes” (sans que ça ne soit aucunement péjoratif) est plus féroce que jamais.

Et en conclusion ?

On le voit finalement, cette augmentation salariale, annoncée comme très significative, présente concrètement une réalité à deux vitesses. Le but avoué du nouveau CBA était, entre autres, de créer une situation où les conditions en WNBA devaient permettre aux joueuses de ne pas devoir combiner leur saison WNBA avec une deuxième saison en Europe ou ailleurs. La réalité nous montre que si, à terme, cela sera peut-être possible pour les joueuses du top de la ligue (et encore, vu le différenciel par rapport à certains salaires en Russie par exemple, la marge est encore grande), pour les joueuses plus modestes, les doubles saisons resteront probablement la norme.

Attention toutefois à ne pas tout prendre négativement. Si cet article a eu pour but de vouloir remettre un peu l’église au milieu du village concernant toutes ces questions salariales, il ne faudrait pas en retenir pour autant que ce nouveau CBA n’est pas bon, que du contraire ! Les salaires ont effectivement été augmentés. Pas pour tout le monde dans les même proportions mais l’augmentation n’en reste pas moins significative.

Cathy Engelbert

De plus, nous n’avons pas creusé ici les autres bénéfices obtenus dans le cadre du CBA, mentionnés plus haut. Nul doute que ces améliorations se font sentir concrètement dans le quotidien des joueuses. On pense notamment aux aménagements prévus pour les jeunes mamans ou le suivi mis en place pour les questions de santé mentale. Ce sont là des avancées majeures qui ne doivent pas passer au second plan des salaires.

Enfin, peut-être le plus important, nous avons parlé de l’importance de ce salary cap dans la situation actuelle. Pour faire bouger cet état de fait, l’objectif premier est et reste d’augmenter les revenus de la ligue pour faire augmenter ce cap et ainsi les salaires qui le composent. Et à cet égard, il est important de mentionner le travail fourni par la ligue pour en augmenter la visibilité, les possibilités de diffusion, etc. Le travail effectué par Cathy Englebert et son équipe est colossal depuis son arrivée mais il reste évidemment encore beaucoup de chemin à parcourir.

La Finale de la Commissioner Cup, prévue ce jeudi, avec un prize Money de 500.000 $ fait ainsi partie des stratégies mises en places pour encore et toujours augmenter les possibilités de rémunérations pour les joueuses.

La route est encore longue mais la direction est bonne.


Les différents chiffres avancés dans le présent article proviennent des sites suivants :

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