Valérie Garnier, bouc émissaire ?

Je me suis levée ce matin et je me suis dit que ça serait sympa de me mettre à dos les 3/4 du lectorat français de Swish Swish ? Comment y arriver vous demandez-vous, l’oeil vif et interrogateur ? Et bien en écrivant sur Valérie Garnier et sur mon incompréhension envers les nombreuses critiques parfois très dures qui peuvent se déverser quand son nom arrive sur le tapis. Néanmoins, avant de me cramer définitivement, je voudrais vous demander de lire ce petit préambule (et de ne pas jeter d’oeufs sur ma façade 😭)

  1. Je suis Belge et j’ai donc totalement conscience que cet article est écrit sans tout le poids émotionnel et la frustration qui peuvent être consécutifs à certaines défaites douloureuses que vous avez vécues avec l’équipe de France ces dernières années.
  2. Je suis Belge mais j’adore l’équipe de France. Je regarde les matchs quand ils sont dispos, je me suis levée très tôt pour voir les Bleues pendant les Jeux Olympiques. Evidemment, entre les Cats et les Bleues, mon coeur ne balance même pas un peu mais par contre, si on enlève les Belges de l’équation, je supporte les Bleues de tout mon petit coeur noir/jaune/rouge.
  3. Je n’ai certainement pas la prétention de vous faire la leçon via cet article, je viens plutôt avec énormément de candeur pour essayer de comprendre pourquoi cette fracture entre la sélectionneuse nationale et les supporters s’est créée. Et donc, n’hésitez pas à réagir à cet article, je ne demande qu’à vous lire.

Dans l’article qui suit, j’ai essayé d’analyser de façon neutre les 8 années passées par Valérie Garnier sur le banc de l’équipe de France.

Le bilan

La coach des tricolores est en place depuis 2013. A la sortie de ces Jeux Olympiques de Tokyo, voici son palmarès au sein de l’équipe de France :

  • Médaille d'argent, Europe Médaille d’argent au championnat d’Europe 2013 en France (assistant coach)
  • Médaille d'argent, Europe Médaille d’argent au championnat d’Europe 2015 en Hongrie et Roumanie
  • Médaille d'argent, Europe Médaille d’argent au championnat d’Europe 2017 en République tchèque
  • Médaille d'argent, Europe Médaille d’argent au championnat d’Europe 2019 en Lettonie et en Serbie
  • Médaille d'argent, Europe Médaille d’argent au championnat d’Europe 2021 en France et en Espagne
  • Médaille de bronze, Jeux olympiques Médaille de bronze aux Jeux olympiques d’été de 2020 à Tokyo

La sensation associée à la médaille d’argent est très certainement la plus frustrante car elle est consécutive à une défaite en finale alors que celle de bronze permet de terminer les compétitions sur une victoire. Une des clés du désamour des supporters des Bleues envers Valérie Garnier réside en partie dans cette collection de médailles d’argent. Néanmoins, de façon totalement objective, son bilan est plutôt très bon.

En ce qui concerne les championnats d’Europe, il n’y a pas de médaille d’or mais jamais dans l’histoire de l’EDF les Bleues n’avaient gagné une médaille à chaque compétition sur 5 championnats de suite. Entre les 2 médailles d’or de 2001 et 2009, les Bleues ont ainsi laissé filer 3 championnats d’Europe sans aucune médaille, se faisant sortir en quart de finale à chaque fois. Alors oui, l’argent ce n’est pas l’or mais la constante des Bleues sous l’ère Garnier reste impressionnante.

En ce qui concerne les championnats du Monde, on dirait bien que c’est la kryptonite des Bleues : la dernière médaille date de 1953 et elle était en bronze. Malheureusement, là, rien n’a pu faire pencher la balance ces dernières années mais ça dure depuis 68ans… Enfin, pour les Jeux Olympiques, inutile de rappeler la splendide médaille d’argent de 2012. Pourquoi celle-là est-elle différente des autres ? Car la défaite a eu lieu contre Team USA, réputée imbattable au contraire de l’Espagne et la Serbie, les derniers bourreaux en date des Françaises.

Bref, j’ai parfois l’impression que la douleur des défaites en finale occulte complètement un bilan plus que respectable et que de nombreux autres pays vous envient. L’équipe de France actuelle est très talentueuse mais elle l’a presque toujours été, il suffit d’égrener le nom des nombreuses légendes qui ont porté le maillot des Bleues pour s’en faire une idée. Pour un pays avec 6 fois moins d’habitants comme la Belgique, il serait difficile de nier que la génération actuelle des Cats est une génération dorée et que des joueuses comme Emma Meesseman, ça ne sortira pas du chapeau tous les 2 ans. C’est même parfois source d’inquiétude pour certains fans de se dire qu’un jour, on devra se passer d’Emma… Alors que chez les Bleues, le vivier de talent est toujours bien présent et se renouvelle sans cesse.

La responsabilité

La question de la responsabilité de Valérie Garnier dans les défaites des Bleues est parfois un peu injuste, de mon point de vue. Pour moi, il y a 3 niveaux de responsabilité :

  • La Fédération : je pense que de nombreux supporters n’ont pas conscience des rouages financiers et politiques qui peuvent parfois avoir lieu dans les coulisses. Je doute fortement que Valérie Garnier soit totalement indépendante et libre de faire ce qu’elle veut. Elle doit composer avec ce qu’on lui impose ou… ce dont on la prive. J’ai fait quelques recherches et je n’ai pas trouvé de traces d’un coach mental attitré à l’EDF. Depuis des années, les Belgian Cats comptent Ellen Schouppe dans leurs rangs. Elle est présente à tous les matchs, sur le banc, et fait partie intégrante du staff. A l’heure où on parle tant de santé mentale et au vu des difficultés des Bleues dans certains matchs à enjeu, je ne comprends pas ce que la Fédération attend pour ajouter ce type de profil au staff. Et ce rôle là, celui de coach mental, ce n’est pas celui de Valérie Garnier.
  • Le staff : quand ça coince, l’entraineur principal est la cible à abattre, c’est la règle. C’est lui qui va au charbon, face aux journalistes. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les critiques qui concernent le coaching et les choix tactiques de l’EDF ne visent que Valérie Garnier et pas Grégory Halin, Rachid Meziane et Olivier Lafargue, les assistants coachs. Les décisions doivent être prises collégialement, je vois assez mal Valérie Garnier en despote éclairée qui impose ses choix sans écouter son staff et donc, ce système de tête de turc me gêne un peu.
  • Les joueuses : les joueuses sont sympa. On les suit toute l’année. Grâce aux réseaux sociaux, on partage même souvent un peu de leur vie. Mais parfois, elles passent complètement à côté de leurs matchs. Ca arrive de temps en temps, on leur pardonne et on passe à autre chose. Dans un ou deux matchs, elles claqueront peut être même une performance qui fera la différence. Les coachs ne bénéficient bien souvent pas du même capital sympathie et leurs performances sont bien moins mesurables. La tendance est même à plutôt pointer du doigt le coaching lors d’une défaite et les performances des joueuses lors des victoires. Le sport est particulièrement ingrat pour 2 fonctions : celle d’arbitre et celle de coach. Pour moi, le cas Valérie Garnier en est une des preuves indiscutables.

Je suis donc souvent étonnée de voir que Valérie Garnier porte souvent presque seule le poids de certains des échecs des Bleues sur ses épaules. Pourquoi ? La réponse se trouve, selon moi, en grande partie dans le point suivant.

La communication

Quand on regarde la carrière et le palmarès de Valérie Garnier, qu’on lit ce que ses anciennes coéquipières, ses joueuses et les personnes qui l’ont côtoyée dans ses fonctions ces dernières années disent, il parait évident qu’elle n’est pas arrivée à la tête des Bleues par hasard. On loue sa vision de jeu, l’intelligence des systèmes qu’elle met en place : c’est une tacticienne. Ce qu’elle n’est probablement pas, c’est une bonne communicante. Et c’est certainement ce point qui a provoqué la rupture entre de nombreux supporters des Bleues et la coach nationale.

Il y a la voix d’abord, ce que j’appelle le syndrome Ségolène Royal (Comme si ce n’était pas déjà assez casse gueule d’écrire sur Valérie, je rajoute une couche de politique pour être certaine de maximiser le potentiel de backlash de cet article). Lors des présidentielles de 2007, j’ai été marquée par le débat entre Sarkozy et Royal. Je ne m’attarde pas sur le fond, ce n’est pas le but ici. Mais sur la forme, Ségolène Royal a été lapidée en place publique : elle était agressive, stressée, elle ne maitrisait pas son sujet… La vérité, c’est que le ton de voix de Ségolène Royal est totalement différent de celui de Sarkozy : la voix haut perchée et avec de fortes variations d’intensité donne un sentiment bien moins assuré que la voix basse, rassurante et presque mielleuse de Sarko. Valérie Garnier a le même type de voix que Ségolène Royal et le même genre de critiques fuse. C’est totalement humain de réagir comme cela mais ce n’est malheureusement pas objectif. Et j’ai lu tellement de gens qui avançaient simplement : “Je ne supporte pas sa voix durant les temps-morts”.

J’en parlais avant, les joueuses cultivent un capital sympathie via les réseaux sociaux, dans le partage de ce qu’elles vivent et traversent notamment. J’ai été très étonnée de constater que de nombreux supporters des Bleues ignoraient que Valérie Garnier a souffert d’un cancer en 2017.

On a découvert mon cancer, grâce au dépistage, deux mois avant le championnat d’Europe. Le temps de faire les examens, je me suis fait opérer un mois après. Puis effectivement, je ne me suis jamais arrêtée de travailler. Ça à été quelque part ma résilience, ma passion, mon travail. Ça me permettait de tenir, d’être entourée et de faire ce que j’aimais le plus. Il y avait certaines joueuses, notamment celles du Bourges Basket et puis Céline Dumerc qui étaient au courant, et bien sûr tout mon staff. Tout le monde était bienveillant avec moi.

Valérie garnier

Dans un monde où la communication est devenue centrale, partager ce genre d’épreuves aurait certainement accru le capital sympathie de Valérie Garnier auprès de la communauté basket. C’est évidemment totalement compréhensible qu’elle garde cet élément de sa vie privée pour elle et il n’aurait pas fallu exploiter le cancer pour faire grimper une cote de popularité, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais c’est ce genre de choix que Valérie Garnier pose qui font que, trop souvent, les gens oublient presque qu’il y a une personne derrière ce rôle d’entraineur fédéral.

Le futur ?

A l’heure actuelle, aucune nouvelle n’a fuité quand à un éventuel renouvellement de Valérie Garnier à la tête de ses fonctions. Vincent Collet vient d’être prolongé à la tête des Bleus jusqu’aux JO 2024, aucun signe de vie du côté des Bleues. Peut être est-il temps de renouveler le staff, de repartir sur d’autres bases, de partir dans d’autres directions. C’est le cycle normal de toute équipe de basket. Mais si c’est le cas, j’espère qu’on laissera à Valérie Garnier le respect et les honneurs qu’elle mérite pour ce qu’elle a accompli durant ces 8 années à diriger les Bleues.

Voilà, j’ai fini mon plaidoyer, je vous offre à présent un moment volé de moi, attendant que les premières voitures immatriculées 59 et 62 fassent des rondes autour de chez moi. J’attends les 69 d’ici 6h et les 13 dans un peu moins de 10h.

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