Shey Peddy, le parcours d’une combattante

C’est l’anniversaire de Shey Peddy aujourd’hui et on s’est dit qu’un hommage à la meneuse du Phoenix Mercury s’imposait. Peddy ne sera sans doute jamais All-Star, ni même considérée comme l’une des meilleures joueuses WNBA à son poste. A 33 ans, ses meilleures années sont censées être derrière elle. Pourtant, l’histoire de la native du Massachusetts est une ode à la persévérance et au courage, quel que soit le sport ou le milieu professionnel dans lequel on évolue.

Vous l’avez probablement vue pendant les playoffs et les Finales WNBA 2021, Shey Peddy est devenue une joueuse importante dans la rotation du Mercury. Être aussi essentielle dans une équipe qui joue le titre était complètement utopique pour elle il n’y a pas si longtemps.

Dans un thread posté pendant les playoffs, la journaliste Lindsay Gibbs avait retracé une partie du tortueux chemin emprunté par l’éphémère joueuse du BLMA.

A sa sortie de la fac de Temple en 2012, Shey Peddy est draftée en 23e position par Chicago. Dans les rangs du Sky, dire que le poste de meneuse est bien garni est un euphémisme. En arrivant au training camp, Peddy doit se mesurer à Courtney Vandersloot, Epiphanny Prince et Ticha Penicheiro. La présence de ces trois joueuses fantastiques, certes pas toutes au même stade de leur carrière, annihile toute chance pour la jeune point guard de décrocher un contrat. Elle est donc coupée quelques jours après le premier rassemblement.

Faute d’opportunités en WNBA, elle opte pour Israël et l’Hapoel RiShon LeZion. Le salaire (4 000 dollars par mois) est appréciable, mais le club a rapidement des soucis financiers trop importants pour payer dans les temps. Pour ne rien arranger, les structures sont quasi amateures et elle n’a pas franchement l’impression de progresser. Malgré tout, ses 16 points de moyenne par match ne passent pas inaperçus et Mike Thibault l’invite à participer à la pré-saison des Washington Mystics. Là aussi, la concurrence est rude et l’expérience tourne court. A cet instant, elle se dit qu’elle n’évoluera jamais dans son pays et se prépare à un périple international de plusieurs années, entre l’Autriche, Porto Rico, la Lettonie, la Turquie et donc la France, pour une pige à Montpellier en 2019-2020.

A plusieurs reprises, elle indique à son agent et à sa famille que l’éloignement avec eux est trop compliqué à vivre pour elle et qu’elle songe à arrêter le basket. Le déclic survient finalement à Riga, où elle se plie à une préparation physique et une hygiène de vie inédites pour elle. Plus de fastfood, plus de fêtes alcoolisées pour noyer le spleen. En Lettonie, Shey joue l’Euroleague et réalise la saison la plus accomplie de sa carrière européenne. Six ans après son dernier passage éclair dans un roster WNBA, elle accepte une nouvelle invitation de Mike Thibault pour participer au training camp et y fait ce que l’on appelle communément un carton en restant cette fois jusqu’au bout. Enfin, presque…

Mike Thibault hésite entre Peddy et Kim Mestdagh, avant d’opter pour le profil de shooteuse de la Belge. Une troisième déception de taille, qu’elle décide de gommer quelques mois plus tard en acceptant la proposition de l’équipe nationale de Lettonie pour jouer l’Eurobasket. Alors que les procédures pour obtenir un passeport sont enclenchées, elle reçoit un nouveau coup de fil de Mike Thibault, qui s’est décidément amouraché de la meneuse malgré tout ces contretemps. Emma Meesseman et Kim Mestdagh vont jouer l’Euro et veut absolument faire signer Shey pour une pige. Cette fois, elle est certaine qu’un retour au pays signifiera une première apparition en WNBA. Mais elle hésite, bien entendu. Jouer une compétition internationale est une opportunité qui ne se présente pas tous les jours lorsque l’on est Américaine.

Le destin – ou plutôt le service national préposé à la naturalisation en Lettonie – décide pour elle. Sa demande est rejetée et elle prend le premier avion pour Washington.

Elle dispute donc ses premières minutes en WNBA à 30 ans, avec un temps de jeu réduit, mais une bonne humeur et un leadership contagieux. Après 3 semaines d’intérim, Thibault ne veut pas se séparer d’elle et lui propose un rôle de coach-assistante et de stagiaire vidéo jusqu’à la fin de la saison. C’est donc en qualité de membre du staff et non comme joueuse, que Shey Peddy reçoit une bague de championne WNBA en 2019, après le sacre d’Elena Delle Donne et ses camarades contre Connecticut en finale.

L’aventure ne s’arrête pas là. Les rebondissements que l’on croirait tirés d’un film non plus. En 2020, dans le contexte sanitaire mondial que l’on connaît, Shey Peddy ne reçoit aucune proposition pour jouer dans la Wubble. Finalement, le téléphone sonne à nouveau. Vous l’aurez deviné, il s’agit de Mike Thibault. Peddy pense que le vénérable “Coach T” veut lui proposer un job dans le staff, mais c’est bien en tant que joueuse qu’il souhaite l’intégrer à l’aventure du côté de Bradenton en Floride.

Elle brise le coeur des Mystics à Bradenton

Malheureusement, la meneuse connaît des blessures et les Mystics ont quelques soucis de masse salariale. Sans grande surprise, elle est coupée à mi-saison. Thibault lui indique qu’il va tenter de lui faire signer un nouveau contrat une fois qu’elle sera sortie du système d’enchères qui permet à une réquipe de la “réclamer” pendant une courte période. Ni Thibault, ni Peddy elle-même ne pensent qu’une équipe va se présenter au portillon. Phoenix frappe à la porte et lui offre un spot pour les 8 derniers matchs de la saison régulière.

C’est là que les choses deviennent romanesques et un peu tragiques du point de vue des Mystics. Washington arrache sa qualification pour les playoffs et retrouve… Phoenix dans un match à élimination directe. Emma Meesseman et ses coéquipières pensent tenir la victoire, jusqu’à ce que le ballon ne parvienne à Shey Peddy dans les ultimes secondes. C’est bien elle qui, sans pitié, assassine son ancienne équipe, la seule qu’elle ait connu en WNBA, d’un shoot monstrueux qui fait le tour de la planète.

Depuis, Shey Peddy a joué tous les matchs du Mercury en 2021, a débuté lors des 6 matchs durant lesquels Diana Taurasi était convalescente, dont le premier match des playoffs. A plusieurs reprises, son sang froid en fin de partie a été déterminant pour Phoenix, qui ne serait sans doute pas allé jusqu’en finale sans son apport des deux côtés du terrain.

La WNBA est faite de belles histoires et de parcours improbables. Pas sûr qu’il y en ait beaucoup d’autres comme celui de Shey Peddy, qui a mérité sa belle histoire et son happy ending. Rien ne dit d’ailleurs que le récit soit complètement terminé.

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